Jean-Michel Blanquer à "L'Émission politique": comment le ministre peut-il gérer sa nouvelle exposition médiatique?

Invité à

POLITIQUE – L’expression baptême du feu est parfois galvaudée. Mais les réformes du bac et du lycée en sont un véritable pour Jean-Michel Blanquer, qui a fait ses gammes sur des sujets moins emblématiques depuis le début du quinquennat. Surtout qu’il se double d’une exposition médiatique inédite pour le ministre de l’Education nationale.

Au lendemain de la présentation en conseil des ministres de cette révolution qui aboutira définitivement en 2021 (pour les élèves actuellement en troisième), il est en effet l’invité de « L’Emission politique » en prime time sur France 2. Même si les audiences de ce rendez-vous politique sont en berne, il reste le plus regardé à la télévision.

Voilà donc l’ancien numéro deux du ministère en pleine lumière pour défendre un projet sur lequel plusieurs de ses prédécesseurs se sont cassés les dents au cours des dernières décennies. Ce haut fonctionnaire sorti de l’ombre par Emmanuel Macron et Edouard Philippe en mai compte sur son « pragmatisme » pour aboutir sans être broyé par la machine politique.

« Il sait jusqu’où il peut aller »

Même les acteurs qui ferraillent avec lui depuis plusieurs mois sur la réforme du lycée lui reconnaissent un atout majeur pour mettre en place ses réformes: sa connaissance très fine d’un ministère parfois réputé impossible à bouger. « Contrairement à beaucoup de ministres, il connaît très très bien l’Education nationale. Cela lui permet de savoir jusqu’où il peut aller », reconnaît Claire Guéville, qui a géré le dossier bac pour le Snes, le principal syndicat d’enseignants. Chez les concurrents du Snalc, le constat est partagé. « Il connaît bien la maison et peut donc rendre les arbitrages en toute connaissance de cause. Vincent Peillon était comme ça », souligne Jean-Rémi Girard, le vice-président de cet autre syndicat.

A écouter ceux qu’il a consultés pour préparer la réforme, Jean-Michel Blanquer a mis les cartes de son côté avant les annonces pour limiter la contestation dans la mise en œuvre. « Il est soucieux des aspects pratiques de sa réforme. Il a conscience que la mise en œuvre peut se heurter aux objectifs initiaux et sait parfois faire marche arrière », estime Philippe Tournier, secrétaire général du SNPDEN-Unsa qui représente les chefs d’établissement. « Bien sûr, il arrive avec ses idées, mais il semble capable de tenir compte de la réalité et il peut changer d’avis pour ne pas aller vers le chaos », abonde Jean-Rémi Girard.

Les grosses ficelles des politiques

Pour d’autres, cela répond à une stratégie bien connue des politiques: laisser entendre qu’il peut aller très loin dans la révolution pour faire accepter des grands pas en renonçant à certaines mesures polémiques. « Il lance des ballons et s’ils ne rebondissent pas, il les laisse de côté », reprend Claire Guéville. Ce fut le cas sur le contrôle continu qui aurait pu correspondre à 40% de la note du bac; face au risque de critiques sur la fin d’un bac national, il a préféré l’option « partiels » en première et terminale. C’est aussi parce que les critiques se profilaient qu’il a décidé de ne pas toucher à la voie technologique qui venait à peine de connaître un lifting ou qu’il a conservé mentions et rattrapage dans sa forme actuelle.

Autre travers politique dans lequel ce néophyte peut parfois se laisser emporter: dire à chacun ce qu’il a envie d’entendre. « Dans le dialogue qu’il fait avec nous, il adapte son discours et tient des propos de grande langue de bois », déplore Marouane Majrar, porte-parole de la Fidl, syndicat lycéen. « Il est très habile dans sa communication, dit encore Claire Guéville. Il sait dire ce qu’il faut dire et taire ce qui dérange. » Ce sont en effet les détails de la réforme qui feront dire à certains si elle va dans le bons sens ou pas. Plusieurs disciplines ont déjà fait entendre leur crainte que le nombre d’heures de leur spécialité soient réduite.

La droite forcée de le soutenir

De l’avis de ces interlocuteurs, il est le ministre idéal pour Emmanuel Macron. « Ces réseaux penchent à droite mais son cabinet est varié. Il est un ministre LREM, un ministre ‘en même temps' », explique Philippe Tournier. « C’est le roi du ‘en même temps’, mais sa réforme est faite pour les premiers de cordée. Il est clairement ancré à droite », résume Claire Guévile.

Un homme de droite? Voilà ce qui revient en boucle dans la bouche des détracteurs du ministre. « Son pragmatisme est mis au service d’une idéologie de droite qui met de côté tout le lien social que l’Education nationale doit créer », dit par exemple le porte-parole de la Fidl.

Cela se ressent aussi au niveau politique, ce qui pourrait devenir une force si les choses venaient à se compliquer pour lui. Globalement populaire car jugé compétent par l’ensemble des Français, il l’est particulièrement sur la droite de l’échiquier. Un sondage Odoxa – Dentsu consulting pour Franceinfo et Le Figaro montre qu’il a 53% d’opinions favorables chez les sympathisants de gauche, mais 73% chez ceux de droite. Idem pour sa réforme du bac, dont la philosophie est saluée par 60% des sympathisants de gauche mais 76% à droite.

Très proche de François Baroin avec qui il était sur les bancs de l’école, ancien numéro deux du ministère à l’époque Chatel, participant à l’élaboration du programme d’Alain Juppé, Jean-Michel Blanquer met Les Républicains dans l’embarras. « Nous n’allons pas rejeter ce que nous préconisions depuis des années », résume dans Les Echos la secrétaire générale de LR Annie Genevard. A ce titre, Jean-Michel Blanquer peut espérer la réussite d’une autre ministre technicienne, Muriel Pénicaud, dont la réforme du code du travail par ordonnance est passée sans dommage.

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