Cyril Ramaphosa élu président de l'Afrique du Sud

AFRIQUE DU SUD – Le Parlement sud-africain s’apprêtait a élu ce jeudi 15 février Cyril Ramaphosa au poste de président de la République, au lendemain de la démission de Jacob Zuma au terme d’un long combat avec son parti, le Congrès national africain (ANC).

Moins de deux mois après avoir pris la tête du Congrès national africain (ANC) au pouvoir, Cyril Ramaphosa a officiellement succédé à la présidence à Jacob Zuma, contraint mercredi de démissionner. Son accession à la tête du pays sonne comme une consécration pour cet enfant de Soweto, militant de la première heure de la lutte contre l’apartheid. Et une revanche.

Il a été syndicaliste, dauphin pressenti de Nelson Mandela puis homme d’affaires à succès. A 65 ans, le vice-président Cyril Ramaphosa peut enfin à concrétiser l’ambition de toute sa vie: diriger l’Afrique du Sud.

En 1999 déjà, il avait cru pouvoir décrocher son Graal. Considéré comme le « fils préféré » de l’icône Mandela, il s’était déjà présenté à la présidence de l’ANC. Mais les caciques du parti lui avaient finalement préféré Thabo Mbeki. Déçu, il avait fait mine de renoncer à toute prétention présidentielle pour se consacrer aux affaires.

Mais après avoir amassé une fortune de près de 378 millions d’euros, selon le classement 2015 du magazine américain Forbes, Cyril Ramaphosa est revenu dans l’arène politique en se faisant élire en 2012 vice-président de l’ANC. En décembre dernier, il accède à la présidence du parti en promettant de refermer définitivement la page des scandales qui ont agité le règne de Jacob Zuma.

« S’attaquer à la corruption »

« Nous allons nous attaquer à la corruption et à la ‘capture de l’Etat' », lance-t-il après sa victoire, « la population tient à ce que justice soit rendue sans peur, sans passe-droit, sans a priori ».

Un peu facile, jugent ses adversaires, qui lui reprochent d’avoir découvert bien tard les turpitudes de son « patron ». « Depuis qu’il est devenu le numéro 2 de Jacob Zuma, Cyril Ramaphosa a été au mieux silencieux, au pire son complice », l’a étrillé le chef de l’opposition, Mmusi Maimane.

Qu’importent les critiques. Dans un parti en crise, le vice-président est persuadé que son heure a enfin sonné.

Un des favoris de Madiba

Né le 17 novembre 1952 à Soweto, Cyril Ramaphosa s’est illustré dans le militantisme étudiant dans les années 1970. Arrêté en 1974, il passe onze mois à l’isolement en cellule.

Diplômé en droit, il se tourne vers le syndicalisme – forme légale de protestation contre le régime de l’apartheid – et fonde en 1982 le Syndicat national des mineurs (NUM).

Sous ses ordres, l’organisation devient une machine de guerre qui réunit 300.000 membres. Son implication dans la grande grève du secteur en 1987, qui fait vaciller le régime de l’apartheid, lui vaut d’être remarqué par les dirigeants de l’ANC.

Et quand Nelson Mandela sort de prison, en 1990, il fait du jeune syndicaliste un de ceux qui vont négocier la transition politique avec le pouvoir blanc. Il figurait parmi « les plus doués de la nouvelle génération », a écrit de lui « Madiba » dans ses mémoires.

Dans la foulée des premières élections démocratiques de l’histoire du pays, en 1994, il devient président de l’Assemblée constituante. Négociateur redoutable, c’est lui qui dirige la rédaction de la Constitution sud-africaine. Après son échec pour succéder à Nelson Mandela à la tête de l’ANC en 1999, le socialiste autoproclamé Ramaphosa coupe les ponts avec l’ANC pour se lancer dans les affaires.

« C’est la politique qui fait battre son cœur »

A la tête de la holding Shanduka, il fait fortune en siégeant aux conseils d’administration de la Standard Bank, en présidant celui de l’opérateur de téléphonie MTN ou en rachetant toutes les licences des restaurants McDonald’s du pays, en bénéficiant de la politique d’émancipation économique des Noirs.

Mais son divorce avec la politique n’est que de courte durée. « C’est la politique qui fait battre son cœur. Ses affaires étaient un moyen, pas une fin en soi », explique son ancien partenaire Michael Spicer au journaliste Ray Hartley, auteur de la biographie « Ramaphosa, l’homme qui voudrait être roi ».

Vice-président de l’ANC en 2012, vice-président du pays depuis 2014, Cyril Ramaphosa est de retour, ambitieux comme jamais. Pour parvenir à ses fins, il compte sur son image modérée et son passé de « héros » de la lutte anti-apartheid pour séduire les classes moyennes et les investisseurs.

Une « nouvelle ère », celle de Ramaphosa

Son passage dans le monde des affaires lui vaut parfois de vives critiques. En 2012, alors administrateur du groupe minier Lonmin, l’ex-syndicaliste demande à la police de rétablir l’ordre à Marikana (nord), où des mineurs réclament de meilleurs salaires. La police ouvre le feu sur les grévistes, faisant 34 morts.

Cyril Ramaphosa est blanchi par une commission d’enquête mais ce massacre continue à lui être reproché par ses adversaires. Ni cette embarrassante affaire, ni de récentes accusations d’adultère rapidement balayées ne l’empêchent toutefois de continuer sa course vers le sommet.

Bientôt seul aux commandes, il doit redresser l’image d’un parti divisé pour le conduire à la victoire lors des élections générales de 2019 et réaliser les promesses de la nation « arc-en-ciel » rêvée par son mentor Nelson Mandela.

Devant ses ex-collègues patrons, il a assuré au début du mois à Davos que son pays était entré dans « une nouvelle ère ». Il lui reste un peu plus d’un an pour le prouver.

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