Financement occulte: pourquoi Cahuzac refuse toujours de donner les noms des rocardiens

Jérôme Cahuzac et son avocat Me Eric Dupont-Moretti.

POLITIQUE – Bis repetita. Comme en première instance, l’ancien ministre du Budget Jérôme Cahuzac a confirmé ce mardi lors de son procès en appel la thèse d’un « financement politique » du mouvement de Michel Rocard pour expliquer l’ouverture d’un premier compte en Suisse en 1992. « En novembre 1992, jusqu’en mai 1993, des fonds émanant de l’industrie pharmaceutique seront versés pour financer les activités politiques de (l’ex-Premier ministre socialiste) Michel Rocard », affirme-t-il à la barre.

Cette thèse avait été avancée pour la première fois lors du premier procès: l’ex-chirurgien avait affirmé en septembre 2016 que Michel Rocard, mort en juillet, « ignorait tout » de ce financement occulte, tout en refusant de donner le nom de ses interlocuteurs au sein de l’équipe de l’ancien Premier ministre.

« Ma parole ne vaut plus rien »

Même scénario ce mardi devant la cour d’appel: Jérôme Cahuzac refuse de livrer les noms des donneurs d’ordre rocardiens. « J’ai beaucoup hésité. J’ai finalement décidé que je ne peux pas donner ces noms. On va les solliciter. Ils vont nier. Ce va être parole contre parole et la mienne ne vaut plus rien », a déclaré l’ancien ministre selon plusieurs journalistes présents à l’audience.

Jérôme #Cahuzac au procureur qui lui demande le nom du donneur d’ordres « je ne veux pas donner ces noms. On sait ce qui va se passer. Ils vont être sollicités, ils vont nier. Ça va être parole contre parole et ma parole ne vaut plus rien »

— Noemie Schulz (@noemieschulz) 13 février 2018

Encore une fois, #Cahuzac peine à crédibiliser sa thèse d’un financement pol de Rocard en refusant de donner les noms des donneurs d’ordres. « Ce serait leur parole contre la mienne. Et la mienne ne vaut plus rien »

— Baptiste Legrand (@baptistelegrand) 13 février 2018

C’est à peu de choses près ce qui s’était déroulé lors de son premier procès. Manuel Valls, ancien membre du premier cercle rocardien, avait alors vivement démenti. « C’est à Cahuzac de s’expliquer », avait rétorqué celui qui était encore premier ministre en jugeant que ce type de déclarations était « faite pour instiller le doute, y compris à l’égard ‘un homme qui vient de disparaître ».

Au président de la cour d’appel, il explique qu’il a bien conscience que sa « déclaration spontanée » sur le financement du mouvement rocardien a été « très mal perçue » — elle avait suscité l' »écoeurement » de la famille socialiste sans convaincre le tribunal. Alors Jérôme Cahuzac insiste sur « le contexte ».

Un homme, un carnet d’adresses

En mai 1991, après la chute du gouvernement Rocard, Jérôme Cahuzac quitte le cabinet du ministre de la Santé, Claude Evin. Il débute alors ses activités de chirurgien esthétique tout en menant des activités de conseil auprès de laboratoires pharmaceutiques. Et il s’engage politiquement « auprès de l’équipe Rocard ». »Il m’est très vite demandé dans quelle mesure je pourrais aider au financement » du mouvement, dit-il. Cet argent devait « servir à financer » la campagne des législatives de 1993 et préparer la présidentielle de 1995.

A l’époque, le financement des partis politiques avait commencé à être régulé en France. Fort de son carnet d’adresses, Jérôme Cahuzac va donc continuer à démarcher les laboratoires « officiellement » mais aussi demander des « financements parallèles ».

Ces fonds occultes seront versés sur un premier compte ouvert à l’Union des banques suisses (UBS) en 1992 par « un ami », l’avocat proche de l’extrême droite Philippe Péninque, compte sur lequel Jérôme Cahuzac a une procuration. Le chirurgien ouvrira en juin 1993 un compte en son nom propre à UBS, nom de code « Birdie ».

Ce second compte sera très vite géré puis hébergé par la banque genevoise Reyl. C’est en 2009 que l’ensemble des avoirs sont transférés vers Singapour, via des sociétés offshore.

En décembre 2016, Jérôme Cahuzac a été condamné à trois ans de prison ferme et cinq ans d’inéligibilité pour fraude fiscale et blanchiment.

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