Face à SpaceX, nous devons renouer avec le génie de l’Europe Spatiale étouffée par Bruxelles

La fusée Ariane 5 s'élance de Kourou en Guyane, le 30 septembre 2015, avec à son bord deux satellites, les satellites ARSAT -2 et Muster Sky.

Ceux qui avaient enterré SpaceX après ses premiers échecs ne peuvent que regretter leur erreur de jugement devant le spectaculaire retour du lanceur Falcon. Ainsi, l’année 2017 a été dominée par la firme d’Elon Musk et son impressionnante cadence de 18 lancements en 12 mois. Hélas, avec 11 lancements, l’Europe est à la quatrième place d’un classement qu’elle dominait jusqu’à présent. Aidée par une excellente communication, SpaceX a enfoncé le clou en lançant en un temps record son nouveau lanceur lourd Falcon Heavy, de quoi inquiéter une Europe spatiale fragilisée par les déboires du premier vol d’Ariane 5 de 2018.

Quelques heures avant le décollage, plusieurs responsables européens se moquaient encore de SpaceX, prétendant qu’Elon Musk n’était qu’un fumiste spécialiste des coups médiatiques. Pourtant, en quelques minutes, ce dernier a réussi le tir d’une fusée munie de 32 moteurs, haute de 70 mètres, et capable de transporter 64 tonnes en orbite, le double de ce que peut faire Ariane 5. Mais plus encore, les boosters latéraux de la Falcon se sont posés sur terre avec succès. Les caméras du monde entier ont saisi un moment inouï que l’Humanité avait plus l’habitude de voir sur les écrans de cinéma qu’au journal de 20h.

Les timides tentatives de l’agence spatiale Européenne de célébrer en même temps le dixième anniversaire du module européen Colombus de l’ISS apparaissent complètement décalées. Sans jamais minimiser le succès technologique de cette mission qui permet à l’Europe d’avoir un laboratoire permanent et ultramoderne dans l’espace, la comparaison fait ressortir deux approches totalement différentes de la conquête spatiale.

Les Etats-Unis ont renoué avec une approche offensive de leur politique spatiale au service d’objectifs révolutionnaires qui entraînent dans un même but les efforts de la NASA et les rêves de populations enthousiastes bien au-delà des frontières américaines. Les programmes développés par SpaceX sont bien loin des fables modernes qui font croire que les multinationales de la Silicon Valley ont grandi dans des garages d’adolescents surdoués. SpaceX est évidemment un avatar de la puissance financière et technologique du gouvernement américain.

Cependant le génie de SpaceX est d’avoir associé les moyens inégalés et massifs de l’hyperpuissance à l’agilité d’une entreprise menée par une personnalité fulgurante. Elon Musk a court-circuité toutes les pesanteurs historiques des agences gouvernementales pachydermiques qui disposent d’une excellence scientifique et technologique mais pas forcement de la vision disruptive et de la capacité à mobiliser l’envie populaire pour financer la conquête de l’espace en période de crise.

Derrière le succès final de l’Heavy Falcon se cache une révolution structurelle bien en amont de la création, de l’assemblage et du lancement de la fusée. Une révolution de l’organisation même de la filière spatiale américaine qui avait besoin d’incarnation, d’ambitions et de mobilisation populaire.

Au contraire, Arianespace et l’Agence Spatiale Européenne ont continué à vivre dans le modèle hérité de la chute de la Guerre Froide. Une approche conservatrice de la conquête spatiale, celle de l’ « espace utile » basée sur l’utilisation de systèmes éprouvés et perfectionnés à l’usage. Disposant au demeurant de budget modeste, les succès obtenus n’ont jamais été décuplés par une classe politique incapable de faire rêver leurs concitoyens sur une quelconque ambition scientifique.

Embourbé dans la technocratie bruxelloise de l’Union Européenne et l’obstruction de pays membres ne disposant même pas de réelles capacités spatiales, les projets d’Arianespace et de l’Agence Spatiale Européenne n’ont pas saisi l’opportunité ouverte par la crise d’identité de la NASA et de la Russie. L’exemple le plus navrant est bien sûr Galileo, censé doter les pays de l’Union européenne d’un système de géolocalisation indépendant du GPS américain et qui, à force de retards, de manque d’ambition et d’inertie bureaucratique, a fini par péniblement se déployer en cédant aux exigences de Washington.

Au lieu de doper les efforts des nations, la Commission Européenne a systématiquement appliqué son idéologie anti-industrielle. En 2016, la Commission a tout fait pour tuer dans l’œuf le rapprochement des industriels européens au sein d’Arianegroup pour résister à SpaceX…. Une folie! Peut-on envisager une action technocratique plus stupide qu’imposer la « concurrence libre et non faussée » dans le secteur spatial? Et bien Bruxelles l’a fait et seule la détermination in extremis de la France devant tant de bêtise a sauvé l’affaire.

Pourtant, il ne faut pas enterrer l’Europe spatiale ni baisser les bras au risque de disparaître de l’Histoire! Si les dirigeants européens sont coupables de ne pas être visionnaires, il y a énormément d’atouts en Europe et plus particulièrement en France. Le coup dur du mois de janvier ne doit pas faire oublier la robustesse exceptionnelle d’Ariane V qui a totalisé plus de 100 succès depuis 2002 avec une fiabilité inégalée.

Il est cependant urgent de retirer tout pouvoir à la Commission Européenne et rendre la politique spatiale à la coopération entre les Etats volontaires et fiables. La restructuration du groupe Ariane doit être accélérée, mettant en avant les industriels autour d’une agence interétatique souple afin d’améliorer sa créativité et son opérationnalité. Si les prévisions d’Arianegroup sont correctes, Ariane 6 devrait être aussi compétitive que la Falcon 9 d’ici sa mise en service en 2021 en s’appuyant sur des technologies éprouvées.

Néanmoins, si le projet Ariane 6 était nécessaire pour assurer la pérennité commerciale des programmes spatiaux européens, il n’est pas suffisant pour reprendre l’initiative dans la conquête de l’espace elle-même. Il faut donner les moyens financiers et humains au CNES et aux industriels français pour être les fers de lance d’une rupture technologique. Il faut accélérer considérablement le déploiement opérationnel d’un lanceur réutilisable et le projet de moteur réutilisable Prometheus.

Le génie du vieux continent n’a rien à envier à Elon Musk. Nos chercheurs français ont su apporter des solutions simples, originales et inédites. Des lanceurs aéroportés tels que le démonstrateur français Eole sont d’ailleurs des concepts que l’on retrouve maintenant aux Etats-Unis!

Mais par-dessus tout, il faut que la France assume son rôle de meneur dans la conquête spatiale européenne. La France seule peut porter une stratégie de puissance et d’indépendance qui entraînera ses partenaires volontaires avec le soutien de l’opinion publique! Chaque mission spatiale française et/ou européenne rencontre un vif intérêt de nos concitoyens, bien plus ambitieux et confiants que leurs dirigeants!

Dans les années 80, personne ne pensait qu’Arianespace existerait face à la NASA. La France a largement fait de ce projet un succès à partir des ambitions posées initialement par le Général de Gaulle. 30 années d’excellence et de succès offrent à la France et ses partenaires les moyens de leurs propres rêves de conquête spatiale.

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