Vaccins: toutes les réponses à vos questions

Qu’est-ce qui devrait changer en 2018?

Aux trois vaccins obligatoires contre la diphtérie, le tétanos et la polio (DTP) seront ajoutés ceux contre l’haemophilus influenzae (une bactérie qui entraîne des méningites graves chez les petits), la coqueluche, la rougeole, la rubéole, les oreillons, l’hépatite B, le méningocoque C (principale cause de méningite à méningocoques) et le pneumocoque (responsable aussi de méningites chez les petits). Ces onze vaccins nécessitent dix injections, étalées sur deux ans. Ceux qui viennent s’ajouter au DTP sont déjà effectués chez la plupart des enfants, car ils sont recommandés. Quand ils sont arrivés sur le marché, les uns après les autres, les autorités sanitaires ont pensé à l’époque que la recommandation suffisait.

Pourquoi cette extension de l’obligation vaccinale?

Pour que l’ensemble de la population soit protégé, il faut qu’une proportion suffisante de personnes soit vaccinée. Ainsi, le microbe dangereux cesse de circuler et de provoquer des épidémies. On appelle cela « l’immunité de groupe ». Nombre de vaccins protègent ceux qui sont vaccinés, mais aussi ceux qui ne l’ont pas été ou qui ne peuvent pas l’être. La vaccination des tout-petits contre le pneumocoque a ainsi réduit d’un tiers la survenue de pneumonies chez les personnes âgées! Avec de « simples » recommandations, le taux de couverture, pour certains vaccins, tourne autour de 70 à 80 %. C’est insuffisant. Il faudrait atteindre 90-95 % pour obtenir une « immunité de groupe » vraiment efficace. C’est pour cela qu’on continue à observer des flambées épidémiques de certaines maladies. La rougeole a touché quelque 25 000 personnes entre 2008 et 2015, entraîné un millier d’hos­pitalisations en soins intensifs et provoqué 10 décès!

Cette mesure fait-elle l’unanimité chez les médecins?

La majorité est pour, mais une petite minorité s’y oppose, craignant que l’obligation cristallise les « rejets ». La situation n’est pas simple : « Directement soumis aux inquiétudes des patients, à leurs croyances, aux rumeurs, les médecins de famille n’osent pas forcément imposer la vaccination même s’ils y sont favorables » estime Christian Bréchot, vice-président de l’Institut Pasteur. « Une partie de la population, aujourd’hui, ne tolère pas la survenue d’effets secondaires, même modestes. Si le vaccin est mal supporté, ce qui peut arriver, le médecin redoute d’être en première ligne, accusé par ses patients », ajoute Marie-Paule Kieny, chercheur.

Quels sont les éventuels effets indésirables des vaccins?

Pour les onze vaccins retenus par le ministère, les effets secondaires sont habituellement modérés. L’enfant a un peu de fièvre, il est grognon, n’a pas faim… Les problèmes plus graves comme les convulsions sont exceptionnels. Quant aux affirmations accusant le vaccin ROR de provoquer des troubles autistiques, elles ont été démenties par plusieurs études sérieuses. Mais la rumeur continue de circuler.

Pourquoi vacciner contre des maladies infantiles courantes?

D’abord parce qu’elles sont très contagieuses, ensuite parce qu’elles peuvent être très graves, ce qu’on oublie parfois. Des maladies infantiles comme la rougeole sont abusivement considérées comme « banales » au motif que, dans les générations précédentes, « tout le monde l’a attrapée un jour ». Mais si dans la majorité des cas cette maladie était sans conséquence, la rougeole représentait naguère la première cause mondiale de mortalité par infection chez les enfants. Sans parler de ceux qui sont victimes de complications neurologiques sévères! Même remarque pour l’haemophilus influenzae, qui a longtemps été la principale source de méningite bactérienne chez l’enfant (500 à 600 cas par an avant l’arrivée du vaccin). Enfin, la rubéole, quand elle survient chez une femme enceinte, peut entraîner des conséquences redoutables pour son bébé.

Les enfants seront-ils protégés contre les méningites?

Trois vaccins prévus protègent contre les trois bactéries (haemophilus, méningocoque C, pneumocoque) responsables de la majorité des méningites de l’enfant et de l’adolescent. Et le vaccin contre la rougeole protège aussi contre les encéphalites. S’il existe d’autres souches de méningocoques et d’autres bactéries susceptibles de provoquer des méningites (entérobactéries, listéria, streptocoque), avec la nouvelle politique vaccinale, la plupart des méningites bactériennes seront évitées. Le vaccin ne protège pas, en revanche, contre les méningites d’origine virale. Mais elles sont moins graves.

Des exemptions sont-elles envisagées?

Le gouvernement y réfléchit… Il y a des situations où la vaccination n’est pas recommandée, par exemple chez les enfants souffrant de maladies immunitaires ou suivant des traitements qui affaiblissent leurs défenses naturelles. Ceux-là seront exemptés d’office. Pour les autres, le refus pourrait être sanctionné, mais en faisant preuve de « pédagogie ». Il ne s’agirait pas de mesures coercitives ou punitives, mais cette décision pourrait avoir des conséquences sur l’accès aux collectivités : crèche, centre aéré, école publique…

Comment ça se passe dans les autres pays?

Dans l’ensemble, plutôt mieux que chez nous. C’est au pays de Pasteur que la contestation est la plus virulente! Si le parlement suédois s’est opposé à un projet de loi visant à rendre obligatoire la vaccination, c’est tout simplement parce qu’elle n’était pas utile : le taux de couverture vaccinale dans ce pays tourne spontanément autour de 97 %. Mais l’Italie, qui veut à présent rendre douze vaccins obligatoires, a vu aussi fleurir la contestation.

Les adjuvants sont-ils indispensables?

Pour les vaccins vivants atténués, ils sont inutiles. Il n’y a ainsi pas d’adjuvant dans le ROR ou le vaccin contre la grippe. Mais il est parfois nécessaire d’en ajouter pour stimuler le système immunitaire afin qu’il réagisse plus efficacement à la vaccination. Pour certains vaccins, en effet, on utilise seulement des fractions de microbes ou des antigènes. Or, ces éléments sont incapables de provoquer une réaction immunitaire suffisante sans adjuvant. Depuis 1926, des sels d’aluminium (hydroxyde d’aluminium et phosphate d’aluminium) sont ainsi utilisés pour booster l’efficacité de nombreux vaccins.

Cherche-t-on de nouveaux adjuvants?

La recherche est très active. À la fois parce que les sels d’aluminium ne sont pas adaptés à tous les vaccins et aussi pour pouvoir fabriquer des vaccins avec des doses les plus faibles possible. Plusieurs adjuvants ont ainsi été développés ou sont en cours depuis les années 90, comme le squalène, des dérivés bactériens ou encore des vésicules artificielles comportant des protéines virales. Ils doivent bien sûr faire leurs preuves sur le long terme. Quelques cas de narcolepsie (trouble du sommeil) avaient fait suspecter l’adjuvant d’un des vaccins utilisé lors de l’épidémie de grippe H1N1 en 2009. Ce vaccin n’est plus utilisé aujourd’hui.

Tous les vaccins sont-ils efficaces aussi longtemps?

Certains le sont toute la vie, comme celui contre la fièvre jaune. Autrefois, on effectuait des rappels tous les dix ans. Depuis, on a pu montrer qu’une seule injection était suffisante. Pour le ROR, c’est le contraire. On pensait qu’une seule injection apportait une immunité à vie, mais on s’est rendu compte qu’il valait mieux en faire deux. Quant au DTP, il exige des rappels réguliers, jusqu’à l’âge adulte. Ensuite, un rappel tous les vingt ans jusqu’à 65 ans.

Pourquoi le nombre d’injections et de rappels varie-t-il?

Parce que tous les vaccins ne sont pas « immunogènes » de la même manière. « Pour chacun, on essaye de trouver la juste dose, explique le Dr Jean-François Blanchemain, médecin du travail. C’est-à-dire la dose minimale efficace. Pour l’hépatite B, on proposait des rappels. Aujourd’hui, on effectue d’abord une sérologie (recherche des anticorps protecteurs). Si elle est positive, on ne réalise plus de rappel systématique. »

En combien de temps un vaccin est-il efficace?

Tous ne déclenchent pas la même réaction immunitaire, à la même vitesse, ni avec la même intensité, c’est donc au cas par cas. La majorité des vaccins ne nécessite qu’une dose. Il faut compter une semaine à dix jours en moyenne pour être immunisé. Pour d’autres, comme la méningite C, plusieurs doses sont nécessaires. L’immunisation est acquise une dizaine de jours après l’injection de la dernière dose.

Peut-on éradiquer une maladie par la vaccination?

Oui, le cas de la variole le prouve. Une politique de vaccination efficace et généralisée peut supprimer une maladie au bout de quelques décennies. Mais plusieurs conditions doivent être ­réunies. D’abord, la maladie doit être une infection humaine sans « réservoir » animal (comme la grippe), ni persistance du germe dans l’environnement (comme le tétanos). Il faut aussi disposer d’un vaccin efficace et peu coûteux, aux effets persistants. Après la variole, la plus « facile » à éradiquer dans le monde sera sans doute la polio. Mais d’autres, comme la rougeole, la rubéole ou les oreillons sont sur la liste.

Les « anti » et les « pro » font le buzz!

L’utilité des vaccins est remise en cause dans tous les pays développés, en particulier aux États-Unis, sous la pression de lobbys très puissants. En France, l’annonce de la vac­cination obligatoire a entraîné l’apparition de nombreuses pétitions citoyennes en ligne et de « chaînes » (circulant par mail) colportant les informations les plus folles sur les dangers des vaccins. Du côté de l’association E3M on demande surtout la mise au point de vaccins sans aluminium et le développement de nouveaux adjuvants. En revanche, d’autres associations militent activement pour la vaccination. C’est le cas de celles qui regroupent les familles ayant perdu un enfant à la suite d’une méningite ou d’une complication de la rougeole.

Êtes-vous à jour?dans vos vaccins?

Le calendrier vaccinal est régulièrement remis à jour en fonction des données issues de la pharmacovigilance. Le ministère de la Santé le publie chaque année. Qu’est-ce que la nouvelle loi va changer en pratique? Tout dépend de l’âge et de la situation.

– de 2 ans

Il faut appliquer la nouvelle loi. Et donc réaliser les vacci­nations obligatoires, ce qui représente dix injections étalées sur deux ans.

+ de 2 ans

En pratique, rien ne change. Mais on recommandera aux parents de « rattraper » leur retard si les enfants n’ont pas été vaccinés contre les onze maladies.

Adultes

Aucune vaccination n’est obligatoire.

Mais il est vivement conseillé de vérifier son immunité face au tétanos et de réaliser un rappel DTP tous les vingt ans. Après la soixantaine, la protection contre la grippe (tous les ans) et le pneumocoque (tous les cinq ans) est recommandée.

Autres

Certaines vaccinations peu­vent être souhaitables.

Tout dépend alors des risques auxquels on est exposé du fait de son mode de vie ou de sa profession (hépatite A ou B, leptospirose…) ou si on envisage d’avoir des enfants (coqueluche…).

Nos experts:

Marie-Paule Kieny chercheur, ancienne sous-directrice générale de l’OMS pour les systèmes de santé et l’innovation

Christian Bréchot, ancien directeur de l’Inserm, vice-président de l’Institut Pasteur

Pr Marc Girard, ancien directeur général de la Fondation Mérieux et du Centre européen de recherche en virologie, professeur à l’Institut Pasteur

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